Quand les dirigeants de l'UMP et du FN parlent immigration, ils
projettent une image communautariste de la société française.
Le peuple français, selon leurs discours, est composé de
citoyens authentiques et d'autres qui ne le sont pas, qui doivent le prouver
en permanence sous peine de se voir privés des droits et des devoirs qui sont
ceux des membres de la nation. L'État, les services publics, les prestations
sociales, le travail et le logement, doivent être réservés à ceux qui adhèrent
aux principes et aux valeurs « nationales » qu'il faut constamment
redéfinir car l'identité a une carte, mais guère de définition rigoureuse.
Cette communauté est menacée par des vagues de migrants étrangers et
par des idées qui sapent les principes partagés. Ces discours n'ont pas besoin
d'immigrés pour fleurir. À Cuba, en Corée du Nord ou en Syrie, où les Guéant
locaux ont réussi mieux qu'en France à contrôler l'immigration, on ne se prive
pas de dénoncer en permanence les influences étrangères pour expliquer les dysfonctionnements locaux.
Aucune société n'échappe à la tentation communautarisme. Quand les
temps sont durs, la recherche de boucs émissaires protège les gouvernants,
rassure les gouvernés, répond rapidement aux angoisses généralisées. On ne
peut guère agir contre ces émotions spontanées. En revanche, l'action
politique doit porter sur tous ceux qui donnent légitimité et respectabilité
aux frayeurs crispées. Si l'antisémitisme est l'un des racismes les plus
durables, c'est que pendant des siècles et des siècles, l'église catholique
lui a donné l'appui d'une institution universelle. Aujourd'hui, la haine de
l'étranger est consolidée de manière tout à fait délibérée par le Front
national et par l'UMP qui prétendent lutter contre le communautarisme avec des
arguments communautaristes.
Le combat pour la défense des immigrés, des sans-papiers, est
nécessaire, mais il n'est pas une réponse à la fabrique de xénophobie. Ce qui
est en jeu est une certaine conception de la société française contre une
autre, une autre où il suffirait de pas grand-chose pour que je perde ma
citoyenneté.


