« Les mouches ont changé d'âne » comme le disait Pierre ALBALADEJO, génial « demi d'ouverture » puis commentateur de rugby inspiré ( de corrida aussi, excuses-moi Marcel D..) c'est cet instant, crucial où, dans un match de rugby, tout d'un coup, une équipe prend le dessus sur l'autre.
C'est sans doute ce qui vient de se passer, ce dimanche, dans la campagne présidentielle.
La droite s'est pris elle même les pieds dans le tapis : Alors même que les sondages, tous les sondages successifs de tous les instituts, donnaient FH largement en tête au premier tour et écrasant Sarko au second, les portes flingues de la Sarkozie répétaient en boucle qu'il était incompétent, mou, indécis, pas à la hauteur du job... Et à force de le répéter ils avaient fini par le croire... et par intoxiquer, un peu, la presse qui (il faut bien vendre du papier) souhaite un matche serré, du suspense, et un résultat indécis jusqu'au bout.
Il aura suffit à François Hollande d'une heure trente d'un discours vrai et fort pour renverser les choses. Effet «boomerang » d'autant plus dévastateur que l'image très positive qu'il a donné de lui et de sa politique contrastait avec la violente campagne de dénigrement dont il était victime.
Dès lors dans le camp d'en face c'est un début panique. Les sondages ne décollent pas, bien au contraire. Sarko « off » évoque la possibilité d'une défaite, le buzz médiatique s'en empare et c'est l'image du « capitaine courageux solide dans la tempête » qui en prend un sérieux coup. Certes en politique, comme en sport, rien n'est jamais gagné (ni perdu d'ailleurs) avant le coup de sifflet final, mais il n'est jamais bon de parler défaite à la mi temps et encore moins quand on est largement mené au score. Le succès va au succès et l'électorat flottant a tendance à amplifier les mouvements d'opinion.
Du coup la droite s'affole et fait un peu n'importe quoi : Elle sort 6 millions de tracts pour défendre le bilan de 5 ans de présidence (alors même que, vu les résultats, moins on parle du passé et mieux cela vaut pour elle). Ses « snipers » se déchainent mais jouent conter leur camp à force d'en faire trop. Fillon dit que s'en prendre à la finance est un « argument criminel » (mauvais plan quand on sait que l'immense majorité des français pensent que la finance, la spéculation, les traders... etc...) sont directement responsable de leurs difficultés actuelles. De même en prétendant que « Hollande s'est livré à une attaque sans précédent contre les classes moyennes'' Sarkozy ne peut que perdre une part de ce qui lui reste de crédibilité car « tout ce qui est excessif est insignifiant » (Talleyrand).
Au total Hollande est désormais au centre du jeu. Plus la droite l'attaque plus elle fait sa pub dans l'électorat de gauche (confortant ainsi sa place de leader au premier tour..) et au-delà (puisque cela en fait l'adversaire prioritaire de Sarko quand 60% d'électeurs sont « anti-sarkoziste ».
Demain en présentant son programme détaillé et chiffré FH peut « faire le break ». Certes il sera violemment attaqué au prétexte ce qu'il promet "coutera trop cher" (mais, paradoxalement, cela lui rend service puisque spontanément son électorat lui reprocherait plutôt de ne pas en promettre assez..)... Et en ces temps de crise où l'humeur des peuples est à « sortir les sortants » les français sont prêts à faire confiance à qui leur offrira des perspectives « justes et raisonnables ».
L'une des dernières cartes qui restent à Sarko ce sera paradoxalement le débat de jeudi soir Hollande / Juppé (le « Fabius de la droite » et c'est plutôt un compliment...). Si notre candidat franchit correctement cet obstacle (c'est-à-dire, autre comparaison rugbystique, sans prendre un « essai en contre ») un grand pas sera franchi.. Et l'intervention présidentielle de dimanche ne changera sans doute rien (surtout si c'est pour annoncer plus de TVA et plus de rigueur)...
Quand un match était« plié », et qu'une équipe ne pouvait plus revenir au score, Albaladejo, toujours lui, disait « La cabane est tombée sur le chien ». Aujourd'hui nous n'en sommes encore « qu'aux mouches qui ont changé d'âne » mais si dans un prochain message je titre sur cette quasi métaphore surréaliste « de cabane et de chien » c'est que, pour moi, les jeux seront faits, définitivement ou presque.
Ph SOPENA


