Lancé par Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle, en février 2007, le projet d’Union pour la Méditerranée est devenu pour le nouveau président de la République un des principaux objectifs de la prochaine présidence française de l'Union Européenne.
Les enjeux d'un partenariat euro-méditerranéen
Un partenariat entre les deux rives de la Méditerranée s’avère par bien des aspects nécessaire.
Une nécessité économique pour les deux rives:
Les écarts de développement entre le Nord et le Sud (mesurés en termes de richesse, d’équipements, de démographie) sont considérables. Un véritable partenariat renforcé, sans être la solution miracle, permettrait d’avancer plus vite dans la voie du codéveloppement.
La non-intégration par l’UE des périphéries du Sud (à l’inverse de ce qu’ont réussi les Etats-Unis avec l’ALENA, et la Chine avec l’ASEAN) implique une perte de croissance pour l’économie européenne.
Une nécessité politique :
Les difficultés du Sud favorisent les migrations économiques vers l’Europe, et les tensions sociales qui les accompagnent : les migrants sont de plus en plus stigmatisés (Italie, France, Grèce). Le départ des diplômés réduit par ailleurs le capital humain des pays du sud (brain-drain).
Le mal-développement alimente les extrémismes, notamment religieux.
Une nécessité géopolitique pour l’UE :
- Si l’Europe ne saisit pas l’opportunité de renforcer ses relations avec « son » Sud, les Etats-Unis et la Chine s’en saisiront à sa place.
Le processus de Barcelone (1995)
La nécessité d’une coopération renforcée avec les pays de la rive sud a conduit au processus de Barcelone. Créé en 1995, sur les espoirs nés du processus d’Oslo, il encadre les relations politiques, économiques et culturelles entre l'Union européenne et 11 pays de la rive sud de la Méditerranée (Algérie, Autorité palestinienne, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Syrie, Tunisie, Turquie). Le financement de cette coopération a bénéficié de 5,3 milliards d'euro entre 2000 et 2006.
Le bilan est cependant très mitigé : la sécurité n'a guère fait de progrès, les échanges nord-sud sont toujours déséquilibrés, les échanges sud-sud très faibles, tout comme les investissements privés européens, pourtant nécessaires à la modernisation économique de ces pays. Prenant acte de l’échec relatif du processus de Barcelone, N. Sarkozy s’est emparé de la question (intervention à Rabat en mars 2005, puis discours de Toulon).
Le projet initial de Nicolas Sarkozy : «continuer le rêve de Jean Monnet vers le Sud »
Imaginé par le très eurosceptique Henri Guaino, le projet initial d’Union Méditerranéenne est novateur mais vague. Il consiste à replacer la Méditerranée au centre des géométries politiques, alors que l’élargissement de l’UE à l’est l’a conduit à négliger le bassin méditerranéen.
Il s’agit de créer une organisation internationale nouvelle, distincte de l’Union Européenne, et dont sont exclus les pays européens non riverains de la Méditerranée (plus de la moitié de l’UE !). Le financement de cette structure serait d’ailleurs extérieur à l’UE.
Dessein moins avouable : l’Union méditerranéenne est aussi la solution à offrir à la Turquie qui, selon N. Sarkozy, n’a pas sa place dans l’Union.
Le projet initial est donc bien plus ambitieux que le processus de Barcelone, limité à un partenariat, en fait très technique, et principalement axé sur les questions économiques, sociales et culturelles.
La passe d’armes entre la France et l’Allemagne
La méthode de N. Sarkozy, pour le moins cavalière, provoque une levée de bouclier. Au mieux, des réactions sceptiques s’expriment sur la viabilité de ce projet aux contours flous - quel financement si ce n’est pas celui de l’UE ? Comment dépasser les multiples conflits régionaux qui empoisonnent les relations entre les pays méditerranéens ? Quelles relations entre l’UE et cette nouvelle structure ?
L’opposition la plus forte vient de la Turquie, qui y voit une compensation à sa non-adhésion à l’UE, et surtout de l’Allemagne, qui perçoit le projet français comme une tentative de Paris d’élargir sa zone d’influence au Sud et contrer ainsi le bénéfice stratégique dont elle a profité avec l’élargissement de l’UE vers l’Est.
Un accord passé mi-mars entre la France et l’Allemagne dessine les nouveaux contours de l’Union méditerranéenne, maintenant transformée en « Union pour la Méditerranée ». Sarkozy se vante d’un succès diplomatique ; en réalité, il ne reste quasiment rien de son projet initial. L’Union pour la Méditerranée n’est en fait rien d’autre qu’un processus de Barcelone renforcé.
De sérieux obstacles à surmonter
L'Union pour la Méditerranée, quelle que soit la forme définitive qu'elle prendra devra surmonter les mêmes obstacles que ceux qu'a du affronter le processus de Barcelone.
L’instabilité et les divisions de la Région :
Le conflit israélo-palestinien. Certains dirigeants arabes ont d’ores et déjà indiqué qu’ils ne viendraient pas au sommet prévu en juin si Ehoud Olmert y participait.
Les rivalités inter-arabes (conflit sur le Sahara occidental ; tensions entre la Syrie et le Liban ; tensions au sein même des pays : Liban, Palestine) … et les autres (Balkans, Turquie/Grèce).
Les divergences d’intérêt entre les pays membres :
Les projets de l'Union pour la Méditerranée. L'idée, de la France notamment, est de se concentrer sur une série de projets concrets (dépollution de l'eau ou création d'un espace universitaire méditerranéen). Mais les pays arabes insistent pour que les questions politiques liées au processus de paix ne soient pas délaissés au sein de l'UPM. Par ailleurs, l’Algérie par exemple, veut surtout des avancées rapides en matière d’émigration.
Les membres de l’UE sont peu homogènes dans leurs relations avec les riverains du sud. Se posera donc la question sensible de l'utilisation des fonds européens, qui nécessite l'unanimité des 27.
Dès lors que le projet a été lancé depuis la France, personne ne pourra s'empêcher de penser qu'il a vocation à être piloté depuis Paris, ce qui suscite la méfiance de nos partenaires, au Nord comme au Sud.
Se donner les moyens d’un partenariat gagnant-gagnant:
Il faut impliquer les Etats du Sud dans un véritable partenariat, pour ne pas tomber dans l'impasse d'une « coopération » à sens unique, du Nord vers le Sud.
Il faut aussi impliquer réellement les sociétés civiles et les entreprises privées des deux rives. Car une des raisons de l’échec du processus de Barcelone vient de ce qu’il a été trop vite assimilé à une politique d’aide au développement de l’UE pour le Sud.
Pour aller plus loin
Lire le discours de Toulon.
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