Elections américaines : John McCain

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Revenu de tout, John McCain peut-il réaliser un nouveau tour de force en devenant, après 8 années d'une administration Bush honnie, et face au phénomène Obama, président des Etats-Unis d'Amérique ? Qui est vraiment cet homme de 72 ans au regard bleu acier ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses dans la course à la Maison-Blanche ?

Un héros national

Né en 1936 sur la base militaire de Panama, John McCain aspire très tôt à suivre les pas de son grand-père et de son père, en devenant amiral de l’US Navy. Il fait ses études à l’académie navale d’Annapolis, où il laisse le souvenir d’un élève plus indiscipliné que brillant. Véritable tête brûlée, il échappe de peu à la mort en s’écrasant à deux reprises à l’entraînement avec un appareil. En 1967, il part au Vietnam. Son avion est abattu lors d’une opération. Il parvient à s’éjecter de l’appareil mais est fait prisonnier. Il passera plus de cinq ans dans les geôles vietnamiennes, subissant tortures et isolement. Libéré en 1973, il est décoré par le Président Nixon. Ses séquelles physiques et son caractère bien trempé l’empêcheront néanmoins de poursuivre sa carrière militaire au niveau où il l’espérait. Il quitte la Navy en 1981 et se cherche un nouveau rêve. Ce sera la politique.

Un homme politique atypique

Divorcé de sa première femme en 1981, McCain épouse en secondes noces Cindy Hensley, une jeune et riche héritière. Lorsqu’en 1982, le député républicain d’Arizona renonce à solliciter un nouveau mandat, la belle-famille de McCain met sa fortune au service de sa première campagne. McCain est élu. En 1986, il devient sénateur de l’Arizona. Dans l’enceinte feutrée du Sénat, ses colères sont remarquées, d’autant qu’elles n’épargnent pas ses collègues républicains. Bien qu’il épouse les idées de Reagan, il n’hésite pas à se démarquer des positions de son parti, en approuvant par exemple les sanctions économiques contre l’Afrique du Sud et sa politique d’Apartheid.

• Le faux pas de 1989 : Le « Keating five » John McCain est éclaboussé par un scandale politico-financier en 1989. Il lui est reproché, avec quatre autres sénateurs, d’avoir profité des largesses d’un riche banquier : Charles Keating. Il s’en tire avec une réprimande de la commission sénatoriale, qui lui reprochera un « manque de discernement ». Comme pour expier sa faute, il s’engage alors dans une bataille féroce contre les lobbies, y compris le lobby du tabac, ce qui lui vaudra une haine tenace des ultra-conservateurs, dont la carrière politique s’est en partie construite avec le soutien du milieu des affaires.

• La bataille perdue de 2000 McCain n’arrange pas son cas en conduisant, tout au long de sa carrière, des coalitions bipartisanes sur des sujets majeurs (de la réouverture des relations diplomatiques avec le Vietnam, en 1993, à la réforme du financement des campagnes électorales, en 2002). En 2000, il se présente aux primaires de son parti en vue de l’élection présidentielle. Contre toute attente, il met en difficulté le candidat de la direction, George W. Bush. Il s’incline finalement après une campagne d’une rare violence. Il s’éloigne alors de la scène politique pour soigner un début de cancer de la peau. Mais le survivant McCain se relève encore une fois et, après avoir soutenu George Bush en 2004, il se présente à nouveau à l’investiture de son parti en vue de la présidentielle de 2008.

• 2008, la consécration ? On croit McCain condamné d’avance pour son soutien inconditionnel à la Guerre en Irak. Le grand favori est Rudy Giuliani, l’ancien Maire de New-York. Mais ce dernier tarde à commencer sa campagne, et se retrouve très vite distancé par McCain et Mitt Romney, le milliardaire mormon. L’affaire est pliée lors du super Tuesday (tir groupé de 21 primaires). McCain remporte 9 Etats, les ralliements se succèdent. McCain, revenu de tout, n’est plus qu’à une marche de la Maison Blanche.

La doctrine politique de McCain

Capable de s’opposer à son propre camp sur certains points, McCain n’en reste pas moins conservateur sur le plan des mœurs (il s’oppose fermement à l’IVG et au mariage gay), libéral sur le plan économique (culte de la libre concurrence, baisse des impôts et des dépenses fédérales), et capable d’agressivité sur le plan international (il a exprimé plusieurs fois le souhait de voir la Russie exclue du G8).

Ses points forts

  • Son aura de héros national. L’Amérique est en guerre. L’expérience de terrain de McCain, sa connaissance des affaires étrangères et des questions de défense, jouent indubitablement en sa faveur.

  • Sa stature morale. McCain a bâti une partie de sa carrière politique en critiquant la place de l’argent en politique. Il s’est également opposé à son parti à plusieurs reprises pour défendre les valeurs de l’Amérique (il s’est par exemple opposé à Bush en faisant adopter, avec le démocrate John Kerry, un amendement contre la torture).

  • Son profil atypique capable de rallier à lui les électeurs centristes et indépendants. Ses prises de position non partisanes ont conforté sa réputation de franc-tireur. De quoi inquiéter les plus conservateurs du Parti républicain, mais aussi de convaincre la frange modérée de l’électorat américain qui n’est affiliée à aucun Parti.

  • Sarah Palin. La surprise du chef. Alors qu’on attendait Mitt Romney, McCain a annoncé que la jeune femme, gouverneur de l’Alaska, serait sa co-listière pour le poste de vice-présidente. Appel du pied aux électrices d’Hillary Clinton ? Caution pour la droite du parti, susceptible de se retrouver dans les positions très conservatrices de Palin ? (non à l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste ; non au mariage homosexuel, etc). Voire. La jeunesse de Palin prive McCain de l’argument de l’inexpérience qu’il renvoie sans cesse à Obama. En outre, le fait que sa fille aînée soit enceinte à 17 ans sans être mariée a, une fois de plus, démontré toute l’hypocrisie de l’Amérique puritaine. Alors, coup de génie ou coup dans l’eau ? Les prochaines semaines nous le diront.

Ses points faibles

  • Un héritage politique encombrant. Si McCain s’est parfois opposé à Bush, il a tout de même voté 90% de ce que proposait la Maison-Blanche lors de son dernier mandat de sénateur. Son soutien à la guerre en Irak ne joue pas non plus en sa faveur, d’autant que Barack Obama peut se targuer, de son côté, de s’y être opposé dès le début.

  • Sa méconnaissance de l’économie. Alors que la crise financière atteint un niveau alarmant, McCain vient de prouver une fois de plus qu’il n’y connaissait pas grand-chose à l’économie en déclarant : « les fondamentaux de l’économie américaine sont bons ». Si les milieux des affaires ne devraient pas lui en tenir trop rigueur (mieux vaut un ignare qu’un « étatiste »), les millions de ménages américains qui croulent sous les dettes apprécieront.

  • Son âge. Difficile d’incarner le renouveau à 72 ans. Certains expriment ouvertement des doutes sur sa capacité à assumer durablement la charge de Président. Depuis, il ne se déplace plus sans sa mère, fringante mamie de 96 ans. Histoire sans doute de rappeler qu’il a de bons gènes.

  • L’hostilité des ultras-conservateurs. McCain s’est rendu coupable à leurs yeux de nombreuses trahisons, notamment en s’alliant avec des démocrates sur des sujets explosifs : immigration, gaspillages du pentagone, nomination des juges, etc. Iront-ils quand même voter le jour J ?

Le Monde a réalisé un tableau comparatif des programmes de John McCain et de Barack Obama sur son site internet

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