Elections américaines : Barack Obama
Pour décrire le candidat démocrate, nous, français, avons facilement adopté le slogan de Barack Obama : « le changement ». Le métissage et le grand espoir que suscite sa candidature viennent compléter une vision un peu simpliste de la politique américaine, la même qui contribue à réduire la campagne à une succession de meetings spectaculaires. Pourtant, on aurait tort d’ignorer le programme de celui qui se présente à la candidature de la première puissance économique, d’un pays enlisé dans une guerre en Irak et qui voit des milliers de citoyens jetés à la rue suite à la crise des « subprime ». Qui est Barack Obama ? La lecture du programme du candidat démocrate peut-elle expliquer la nouvelle « amitié » que lui voue Nicolas Sarkosy et l’engouement de la gauche française ?
Biographie
Barack Obama est né en 1961 à Hawaii. Son père, Barack Hussein Obama Sr, est un kenyan originaire de l'ethnie Luo. Sa mère, Stanley Ann Dunham, anthropologue, est une américaine originaire du Kansas. B. Obama passe une partie de son enfance en Indonésie où sa mère réside avec son second mari. Après ses études à l'Université Columbia de New York, il devient analyste d’affaires puis animateur social à Chicago. Le temps de poursuivre des études de droit à Harvard, il revient à Chicago (1991-2005). Il y travaillera comme juriste spécialisé dans les droits civiques, rédacteur en chef de la revue Harvard Law Review et conférencier en droit constitutionnel à l'Université de Chicago. Initié par sa femme Michelle, il entame sa carrière politique au début des années 90. Il est élu sénateur de l'Illinois en 2005. Après de féroces primaires face à Hilary Clinton, le 27 août 08 il est officiellement investi candidat du parti démocrate pour la présidence des Etats-Unis.
Programme
Le programme de Barack Obama comporte un important volet social qui fait suite à la profonde crise que traversent les Etats-Unis au terme des deux mandats de George W. Bush. 40 millions d'américains n'ont aucune assurance-santé, suite à la crise des « subprime », 2 millions et demi de foyers vont être expulsés de leur logement cette année… Le programme démocrate est évalué à 140 milliards de dollars annuels, essentiellement financé par la fiscalité et le retrait d’Irak (la guerre est coûte 12 milliards de dollars annuels).
➢ Aide sociale
- Relèvement du salaire minimum
- Mise en place une couverture sociale universelle, obligatoire pour les enfants
➢ Economie et fiscalité
- Suppression des réductions d'impôts instituées pour les plus riches par l'administration Bush, en préservant celles bénéficiant aux classes moyennes, crédit d'impôt sur le revenu pour les plus bas salaires et pour les familles nombreuses
- Création d’une Federal Housing Administration pour faire face à la crise de l'immobilier et éviter les saisies
- Suppression de l'impôt sur la Recherche & Développement
➢ Affaires étrangères
- Retrait progressif des troupes d’Irak (dès 2002, il s'était prononcé contre le déclenchement d'une guerre en Irak).
- Rétablissement du multilatéralisme et des relations diplomatiques (entre autres, création d’un grand sommet auquel participeraient les dirigeants du monde musulman).
- Interventionnisme dans les pays tels que le Libéria, le Darfour…
➢ Immigration
Les démocrates soutiennent une réforme de l'immigration alliant renforcement des frontières et des contrôles, et légalisation sous condition des quelque 12 millions de clandestins.
➢ Société
- Grands travaux d'infrastructures pour désenclaver les milieux ruraux
- Création d'un fonds visant à aider les prisonniers à se réinsérer
En outre, il se prononce en faveur de l'égalité des droits dans le cadre de l'union civile sans accepter le mariage des homosexuels.
➢ Education
- Développement d’un réseau d’écoles maternelles
- Augmentation du recrutement des enseignants, de leur rémunération
- Simplification de la procédure d’accès aux bourses pour les études supérieures
- Création d’un crédit d’impôt pour financer une partie des études supérieures des étudiants
➢ Environnement
- Fin de la dépendance pétrolière des Etats-Unis à l'égard du Moyen-Orient d'ici 10 ans
- Engagement à conduire les US vers les objectifs de Kyoto
- Taxation des compagnies pétrolières
- Exploitation des réserves de gaz naturel américaines de charbon, poursuite de l’exploitation de l'énergie nucléaire « en toute sécurité » et investissement de 150 milliards de dollars dans les 10 ans à venir pour développer des énergies renouvelables abordables.
Points faibles et points forts
Dans son discours de Philadelphie de mars 08 (1) Obama montre qu’il n’a pas éludé la question raciale mais qu’il ne souhaite pas non plus faire de sa couleur le symbole du changement prôné depuis le début de sa campagne.
Le choix de Joseph Biden (65 ans) en tant que colistier prouve que le candidat démocrate a pris acte de la critique la plus virulente concernant son inexpérience. Figure emblématique du parti démocrate, élu depuis 1972 sénateur du Delaware, président de la Commission judiciaire du Sénat de 1987 à 1995, président de la Commission des affaires étrangères du Sénat, Biden apporte l’assise internationale qui manquait à Obama. Enfin, le ticket Obama-Biden doit permettre de séduire les tranches de la population qu’Obama n’a pas su rallier lors des primaires démocrates (les personnes âgées, la classe ouvrière, les hispaniques…).
S’il est parfois peu précis sur la mise en œuvre de certaines mesures (financement, éducation), Obama a un atout indéniable : sa solide connaissance en économie. En outre, il est considéré comme un excellent orateur. Enfin, il peut s’appuyer sur le soutien de figures démocrates internationalement reconnues : Madeleine Albright, William Perry et les Clinton.
Barack Obama est-il « de gauche ? »
Tout d’abord, précisons qu’il est peu pertinent de vouloir décrire les partis démocrate et républicain en prenant comme grille de lecture le clivage français gauche-droite. Le bipartisme qu’impose le mode électoral aux US favorise la coexistence des tendances conservatrice et progressiste au sein des deux partis. Certains sénateurs démocrates (sudistes), par leur conservatisme, pourraient à ce titre être qualifiés, en France, "de droite ". Ainsi, si B.Obama propose le permis de conduire en guise de carte d’identité pour certains immigrés, J. Biden, lui, se prononce pour l’érection d’un mur à la frontière mexicaine.
La proximité de Barack Obama avec les socio-démocrates d’Europe s’explique, entre autres, par une volonté forte d’un retour de l’Etat dans les domaines des services publics (éducation, santé…) et une fiscalité plus favorable aux classes défavorisées.
Néanmoins, depuis la fin de la campagne des primaires démocrates, certains observateurs parlent d’un virage « à droite », en tout cas d’une adhésion à certaines valeurs républicaines : le discours se fait plus modéré sur le retrait d’Irak, plus belliqueux envers l’Iran et Obama revendique plus clairement sa préférence du libre-échange.
Pour aller plus loin
(1) De la race en Amérique, de B.Obama, Ed. Grasset, 2008
L'Amérique de Barack Obama, de F.Durpaire et O.Richomme, 2007, ed. Demopolis
L'audace d'espérer, de B.Obama, ed.Presses de la Cité
Les rêves de mon père, de B. Obama, 2008, ed. Presses de la Cité

Laissez un commentaire