Une tribune de notre camarade Philippe SOPENA :
« La démocratie représentative est le pire des système … A l’exception de tous les autres !!! (Churchill) ».
Etre « démocrate » c’est accepter le verdict du vote des électeurs (pour autant qu’il soit « libre »). C’est aussi, c’est surtout, l’accepter lorsque le résultat n’est pas celui que l’on souhaite (dans le cas contraire c’est évidemment beaucoup plus facile !!!).
L’Occident a prétendu exporter partout son modèle de démocratie parlementaire (le cas échéant à coup de dollars et/ou d’interventions militaires). Ou plutôt de l’exporter lorsque cela nous arrangeait. N’avons-nous pas avons installé notre ami ASSAD à la tribune le 14 juillet, laissé le sinistre Kadhafi planter sa tente dans les jardins de l’Elysée... et fait de MOUBARAK le Président de « l’Union pour la Méditeranée » ? Joli tiercé.
Aujourd’hui nous dénonçons, et nous avons évidemment raison, la sanglante boucherie syrienne mais, pétrole oblige, nous faisons silence radio sur la répression, presque aussi sanglante, au Yémen et à Bahreïn.
Les « printemps arabes, nés de la révolte de jeunes urbains contre des dictateurs (vieillis, accrochés au pouvoir, corrompus, responsables de la crise et vécus peu ou prou comme pro-occidentaux,…) visaient à donner la parole au peuple par des élections libres et démocratiques. De ce point vue le succès est total.
Mais en Tunisie, au Maroc comme en Egypte ce sont les « islamistes » qui sous des formes et à des degrés divers l’ont emporté. A la grande stupéfaction de la plupart des médias et des politiques. Moi ce qui me stupéfie c’est plutôt la stupéfaction et la cécité de ces prétendus experts. Car le verdict des urnes était malheureusement largement prévisible.
L’occident (et la France) avaient soutenu ces dictateurs au prétexte qu’ils étaient « le rempart contre l’islamisme ». Comment s’étonner, dès lors, que les islamistes soient vécus comme l’alternative naturelle à ces dictatures détestées et qu’ils tirent une légitimité indiscutable des années durant lesquelles ils ont supporté l’essentiel de la répression, de Moubarak comme de Ben Ali.
Comment pouvait-on imaginer que de jeunes urbains « blogueurs » et donc disposant du matériel, du savoir faire et donc du fric qui va avec, pouvait exprimer le sentiment majoritaire d’un peuple égyptien à 57% composé de fellah ruraux à quoi s’ajoute un sous prolétariat urbain massif.
Comment, (surtout nous qui faisons l’éloge du militantisme de terrain), pouvait-on négliger à ce point l’influence et la légitimité que donnait aux « frères » leur patient travail de fourmis, et leur image (vraie ou fausse) de gens honnêtes et dévoués.
Comment pouvait-on négliger le fait que pour un peuple acculturé politiquement, par des années de dictature, se référer à Dieu et à sa Loi, constitue un point de repère, immédiatement compréhensible, unifiant et sécurisant. Même si la Charia surtout dans son expression littérale intégriste n’apportera pas (loin de là) de solution aux problèmes cruciaux qui on fait émerger ces printemps arabes
Comment pouvait-on, à ce point, ignorer les leçons de l’Histoire, comme, parmi d’autres, celle de la révolution de 1848 qui chasse Louis Philippe. Une révolution magnifique, qui unit bourgeois et prolétaires parisiens, une révolution pacifique menée par des hommes de talents autour de grandes idées. Mais lors des élections qui suivent dans une France encore très majoritairement rurale les électeurs, affolés par l’agitation des villes et catéchisés en chaire par leurs curés voteront ultra majoritairement pour Louis Napoléon. C’est à dire pour l’ordre, pour la sécurité et pour le « mythe ».
Alors oui c’est vrai, comme vous, j’aurais préféré, de beaucoup, que ces peuples fassent un choix différent. Un choix plus porteur d’avenir et de modernité. Celui des espoirs de la « révolution de jasmin » ou des révoltés de la Place Tahrir.
Mais un choix qui pour être différent aurait nécessité que tant la situation objective (économique, sociale, démographique,…) que subjective (évolution des mentalités) soit différente de ce qu’elle est.
Ces peuples ont voté et se sont donné librement les représentants de leur choix. Reconnaissons-leur la liberté y compris celle de se tromper. Toute autre attitude ne serait qu’une version moderne du colonialisme.
L’image de l’occident n’est pas, n’est plus (merci Georges W BUSH…), telle que nous puissions donner des leçons au monde entier. Il est même probable que les menaces ou les discours comme celui de Juppé parlant « de lignes jaunes à ne pas franchir » ne peuvent que radicaliser l’opinion des peuples arabes et renforcer des gouvernants qui pourraient dès lors se prévaloir de défendre non seulement la « foi » mais aussi « l’indépendance nationale » (ce même cocktail qui maintient les mollahs au pouvoir en Iran…)
Ne répétons pas les erreurs du passé :
Souvenons nous qu’en Algérie : Les premières et les seules élections libres avaient donné au premier tour une majorité massive aux islamistes du FIS et qu’avec le soutien total de la France et des USA le deuxième tour a été annulé (à la demande des « démocrates ») ouvrant la voie à une guerre civile atroce et à une dictature militaire qui dure encore.
Souvenons nous qu’en Palestine après qu’un scrutin libre ait donné une majorité parlementaire au Hamas nous avons décidé de ne pas le reconnaitre, de lui couper les vivres et de ne discuter qu’avec le seul Fatah (battu dans les urnes). Que le Fatah n’a de ce fait pas pu faire la paix et que de ce fait également le Hamas s’est radicalisé…
Donnons du temps au temps, faisons confiance à la démocratie et à la démographie… En ces temps de crise il ne sera pas plus facile d’être au pouvoir en Egypte ou en Tunisie, qu’en Europe. Et les espoirs (ou les illusions) qui ont amené les islamistes au pouvoir les conduiront soit à adapter leur discours et leur pratique (comme l’AKP en Turquie) à la réalité soit à décevoir rapidement leurs électeurs. Et à perdre les élections ou affronter de nouvelles révoltes populaires ?
Il n’aura fallu que 25 ans pour qu’après la défaite électorale de 1848 nous installions la République.
Philippe SOPENA