L'Union Européenne, un outil pour refonder notre projet de société - Tribune libre

L'Union Européenne, un outil pour refonder notre projet de société

Par Alexandre Tortel.

Nous traversons aujourd'hui un cycle marqué par une profonde instabilité économique et politique. Nombre de certitudes, de dogmes, véhiculés par l'idéologie néolibérale, tels que la croyance en une autorégulation par le marché des sphères économiques et sociales, s'effondrent un à un. La crise économique, liée à une profonde crise sociale, contribue à accroitre l'insécurité sociale et à précariser une frange de plus en plus  importante de la population.

C'est dans ce cadre que se multiplient les conflits sociaux, alimentés par la dégradation du pouvoir d'achat et la pression croissante d'un taux de chômage en constante augmentation. Cette contestation sociale s'est cristallisée le 29 janvier dernier par une très forte mobilisation lors de la journée de grève interprofessionnelle. Les revendications exprimaient à la fois un refus des « réformes » menées par le gouvernement mais aussi un profond malaise social suscité par la gravité de la dégradation de l'économie réelle.

L'ampleur de ce malaise s'illustre par le soutien de la majorité de l'« opinion publique » aux revendications exprimées lors de cette grève interprofessionnelle. Il faut remonter à la mobilisation contre le CPE, en 2006, pour qu'une mobilisation sociale soit pareillement en phase avec l' « opinion publique ». De la même manière, il faut remonter en 2006 pour retrouver le Parti Socialiste mobilisé dans le mouvement social. Pour autant, au delà d'une participation nécessaire aux manifestations, il incombe à un parti de gouvernement et de transformation sociale d'être en mesure de proposer un débouché politique aux revendications et ce à travers la construction d'une alternative.

L'élaboration d'un « contre plan de relance » est nécessaire mais bien insuffisant. En effet, dans une période instable où s'exprime une profonde colère sociale, il est indispensable de reconstituer des repères idéologiques au sein d'un projet de société. Au delà d'une simple réponse conjoncturelle à la crise, c'est un modèle de société qu'il s'agit de refonder. Le rôle de la puissance publique comme outil de régulation doit être réaffirmé, tout comme une répartition plus juste de la valeur ajouté au profit du travail ou encore la régulation accrue du libre-échange.

Un tel projet ne peut se fonder qu'a l'échelon supranational en l'espèce celui de l'Union Européenne. A ce titre les prochaines élections européennes constituent naturellement le premier débouché électoral aux revendications et au malaise social suscités par la crise.

Alors que depuis plusieurs années les peuples se détournent de l'Europe, devenue synonyme d'une technocratie aveugle au service du seul libéralisme, il est primordial de lui redonner une utilité sociale. Le  principal enjeu de cette campagne,  portera donc sur la capacité de l'UE à constituer un outil politique doté d'un véritable projet de société afin de répondre à la crise et de mieux protéger les citoyens face à ses conséquences.

 

La responsabilité des socialistes français et du Parti Socialiste Européen (PSE) sera de porter ce projet. Les sociaux démocrates européens  doivent tirer toutes les conséquences des treize défaites subies sur les quinze derniers scrutins : nous ne pouvons plus nous inscrire dans la voie du renoncement, il convient aujourd'hui de réfuter les axiomes des libéraux par un nouveau projet politique.

Alors que certains principes politiques et économiques, tel que le système des aides d'Etat ou le respect du pacte de stabilité, se sont effondrés sous les effets de la crise économique, il est nécessaire d'affirmer une réorientation des politiques européennes au service de la justice sociale.

L'élaboration d'un cadre juridique sera nécessaire pour stabiliser la notion de service public, outil de l'interdépendence sociale. De même il faudra initier une harmonisation fiscale « par le haut », alignée sur les Etats les plus redistributeurs et protecteurs des droits sociaux.

Enfin, pour que l'Europe soit le cadre efficace du dépassement de la crise, l'UE devra disposer de marges de manoeuvres budgétaires lui permettant d'avoir recours à l'emprunt et au déficit. Il sera donc nécéssaire d'élaborer un nouveau Pacte de croissance avec des critères réalistes et surtout de mettre la politique monétaire au service de l'investissement et de la compétitivité. Il est donc impératif de mettre fin à l'indépendance de la BCE au moyen d'un contrôle politique du parlement européen.

Ces élections seront un enjeu fondamental quant au choix de société que nous voulons, à nous de nous donner les moyens de fonder un projet politique cohérent et en réponse aux attentes de nos concitoyens.