Quand l'esclavage deviendra-t-il en France un crime contre l'humanité ? - Tribune libre

Quand l'esclavage deviendra-t-il en France un crime contre l'humanité ?

Par Sonny Perseil.

 

Les derniers événements qui se sont déroulés dans les « colonies » françaises des Antilles ont été l'occasion de repenser un peu à l'esclavage. On a parfois évoqué la loi dite Taubira du 21 mai 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité ». Pourtant, cette loi est pour l'instant un non-sens juridique et personne n'ose vraiment agir en conséquence.

En effet, si l'esclavage était véritablement reconnu comme un crime contre l'humanité, il serait par définition - c'est l'un des principaux intérêts de l'usage de la notion -imprescriptible. Or, le principal criminel est encore en vie : l'Etat français, qui dans l'article 121 de « son » code pénal semble avoir réussi à se mettre à l'abri contre toute mise en cause de sa responsabilité pénale. Il est néanmoins le principal criminel pour l'affaire qui nous intéresse car il a participé à l'organisation et à l'exploitation du système esclavagiste et, en mettant en œuvre ce qu'il a appelé l'abolition puis la reconnaissance, il est passé aux aveux publics en mettant bien en évidence sa responsabilité, non seulement pour les crimes commis par lui en tant que personne morale mais aussi pour ceux des autres personnes morales (sociétés) et physiques coupables de traite et d'esclavagisme, crimes qu'il a si longtemps cautionnés et dont il a donc été complice.

 

Les excuses n'exonèrent nullement celui qui s'est rendu coupable de crime contre l'humanité d'être jugé et de répondre de ses actes. Sinon, l'histoire, c'est le cas de le dire, serait trop belle ! « Oui j'ai commis un crime horrible, c'est même un crime contre l'humanité. Pardon, pardon ! Faisons vite des commémorations et aimons nous les uns les autres ». Discours d'autant plus inadmissible qu'à l'esclavage a succédé un système voisin : si les noirs des colonies n'ont plus eu à porter des chaînes après l'abolition officielle, ils n'ont pas pour autant été maîtres de leur destin, le pouvoir politique ayant été exercé par les blancs - directement jusqu'à la période récente dite de décolonisation, indirectement depuis -, le contrôle économique restant de toute façon très largement le privilège des « colons » et de leurs descendants.

 

Alors oui, merci Christiane Taubira. Mais il faut agir en conséquence sinon c'est purement et simplement du foutage de gueule ! Si l'esclavage, dont ont profité de nombreuses personnes physiques et morales et de nombreuses régions de la métropole, est effectivement un crime contre l'humanité, l'Etat français, qui semble être le coupable survivant le plus évident, doit être jugé. Ce que nous devons à nos colonies peuplées d'anciens esclaves, ce n'est pas à nous - l'Etat français, qui ne peut que plaider coupable - d'en décider (ce serait un comble que celui qui s'est rendu coupable des pires crimes choisisse sa peine !) et cela ne pourra sûrement pas se résumer à de la reconnaissance et à des commémorations. Si l'Etat français est condamné (pourquoi ne pas saisir -il me semble que la Cour Pénale Internationale (CPI) a cette fonction ! - un tribunal onusien ?),  il devra aux peuples qu'il a réduit en esclavage de lourds dommages et intérêts, et l'histoire économique et politique de notre avenir commun pourra enfin être envisagée de façon plus juste, non ?